En bref
- Déclaration préalable : 1 mois d'instruction
- Permis de construire, maison individuelle et annexes : 2 mois
- Permis de construire, autres constructions : 3 mois
- Majoration d'1 mois en secteur protégé ou lorsque l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France est requis
- Le délai ne court qu'à compter d'un dossier complet, et il est suspendu par toute demande de pièces complémentaires — vous disposez alors de 3 mois pour répondre
- Passé le délai sans réponse : décision tacite favorable dans la plupart des cas
- Après l'obtention : 2 mois de recours des tiers, à compter du premier jour d'une période continue de 2 mois d'affichage sur le terrain
- Validité : 3 ans, prorogeable deux fois un an
- Le calendrier réel entre le dépôt et le premier coup de pioche sécurisé est de 4 à 6 mois, pas de 2
Entre le dépôt du dossier et le moment où vous pouvez lancer le chantier sans risque juridique, il s'écoule en réalité quatre à six mois. Cet écart n'est pas dû à la lenteur des services : il tient à des étapes qui existent bel et bien dans le calendrier, et que personne ne détaille.
Voici la frise complète, étape par étape.
La frise complète du projet
Le point que tout le monde découvre trop tard : les deux mois de recours des tiers. Vous pouvez légalement démarrer les travaux dès l'obtention du permis — mais si un voisin conteste et obtient gain de cause, le chantier engagé devient un problème considérable. La quasi-totalité des professionnels attendent la purge du délai.
Les délais d'instruction de référence
Base légale : articles R.423-23 et suivants du Code de l'urbanisme.
Le point souvent mal compris : le délai de deux mois est réservé aux maisons individuelles et à leurs annexes. Un hangar agricole, un local professionnel ou un immeuble collectif relèvent du délai de trois mois, majorations comprises. Beaucoup de porteurs de projet planifient sur deux mois et se retrouvent décalés d'un mois entier.
Ce qui suspend ou allonge le délai
C'est ici que se creusent les écarts entre le calendrier théorique et le calendrier réel.
La demande de pièces complémentaires — le principal facteur
Le service instructeur dispose d'un mois à compter du dépôt pour vous notifier que le dossier est incomplet et vous réclamer des pièces.
Trois conséquences :
- Le délai d'instruction est suspendu jusqu'à la production des pièces
- Vous disposez de 3 mois pour les fournir
- Le délai repart intégralement à compter de la réception des pièces manquantes
Autrement dit : un dossier incomplet ne perd pas quelques jours, il repart à zéro. Un permis de maison individuelle avec une demande de pièces au 25e jour, auxquelles vous répondez trois semaines plus tard, aboutit à une décision autour de M+3,5 au lieu de M+2.
Une nuance importante : la demande ne peut porter que sur les pièces limitativement énumérées par le Code de l'urbanisme (article R.431-4 et suivants). Une demande portant sur une pièce non exigible est illégale : elle ne suspend pas le délai et ne fait pas obstacle à la naissance d'une décision tacite. C'est un point utile à connaître si l'on vous réclame, par exemple, une étude de sol — qui n'est pas une pièce du dossier de permis.
Les consultations obligatoires
Selon le projet et sa localisation, le service instructeur doit consulter d'autres autorités : Architecte des Bâtiments de France, gestionnaire de voirie, service départemental d'incendie et de secours, CDPENAF en zone agricole, gestionnaire de réseaux. Ces consultations sont intégrées au délai lorsqu'elles n'entraînent pas de majoration — mais elles expliquent largement pourquoi les services utilisent la totalité du délai imparti.
Les pièces complémentaires en cours d'instruction
Un service ne peut pas réclamer de pièces au-delà du premier mois. S'il le fait, la demande est irrégulière et ne suspend pas le délai. En pratique, mieux vaut répondre tout en le signalant par écrit.
Les cas de majoration
Le délai de droit commun peut être majoré. La majoration doit vous être notifiée dans le premier mois suivant le dépôt : à défaut, elle ne vous est pas opposable.
En pratique, pour un particulier, la majoration qui concerne l'immense majorité des dossiers est celle liée à l'avis de l'Architecte des Bâtiments de France : elle porte la déclaration préalable à 2 mois et le permis de maison individuelle à 3 mois.
Comment savoir si votre terrain est concerné : consultez le Géoportail de l'urbanisme et l'Atlas des patrimoines. Les périmètres de protection y sont cartographiés.
La décision tacite : conditions et preuve
Le principe
Passé le délai d'instruction sans réponse, vous bénéficiez d'une décision favorable tacite : permis de construire tacite ou non-opposition à déclaration préalable.
Les trois conditions à réunir
- Le dossier était complet — ou aucune demande de pièces n'a été notifiée dans le premier mois
- Aucune majoration de délai ne vous a été notifiée dans le premier mois
- Le projet ne relève pas d'un cas où le silence vaut rejet
Les cas où le silence vaut rejet
Ils existent et sont prévus par les textes. Le plus fréquent en pratique : un projet en secteur protégé pour lequel l'Architecte des Bâtiments de France a rendu un avis défavorable.
La preuve : le certificat de décision tacite
Une décision tacite n'existe sur aucun papier. Or vous en aurez besoin : pour ouvrir le chantier, pour obtenir un prêt, et surtout lors de la revente, où le notaire l'exigera.
Demandez à la mairie un certificat attestant de l'absence d'opposition. C'est une démarche simple et gratuite. Conservez également votre récépissé de dépôt : c'est lui qui établit le point de départ du délai.
L'affichage reste obligatoire
Une décision tacite doit être affichée sur le terrain exactement comme un arrêté exprès. Sans affichage régulier, le délai de recours des tiers ne court pas.
Après l'obtention : affichage et recours des tiers
L'affichage sur le terrain
Pourquoi l'affichage est le point le plus critique du calendrier
Sans affichage régulier, le délai de recours des tiers ne court jamais. Votre permis reste contestable, potentiellement des années après l'achèvement des travaux.
C'est la raison pour laquelle il faut prouver l'affichage :
- Photographies datées du panneau en place, à intervalles réguliers
- Constat d'huissier au début, au milieu et à la fin de la période de deux mois — c'est la preuve la plus solide, et elle coûte quelques centaines d'euros pour un projet qui en vaut des dizaines de milliers
Le délai de retrait par la mairie
Indépendamment du recours des tiers, la commune peut retirer une autorisation illégale dans les trois mois suivant sa délivrance. Passé ce délai, elle ne le peut plus.
C'est pourquoi le démarrage réellement sécurisé se situe plutôt à M+3 après la décision, une fois les deux mois de recours des tiers écoulés et le délai de retrait purgé.
Le certificat de non-recours
À l'issue du délai de recours, demandez à la mairie ou au greffe du tribunal administratif un certificat attestant de l'absence de recours. C'est ce document qui sécurise juridiquement le lancement du chantier — et il vous sera demandé à la revente.
Dossier complet du premier coup : c'est le meilleur moyen de tenir les délais
Bafter, expert en urbanisme
Validité, prorogation et caducité
Ce qui caractérise un commencement de travaux : il doit s'agir de travaux significatifs et de nature à révéler la mise en œuvre effective du permis — terrassement, fondations. Une simple clôture de chantier ou un piquetage ne suffisent pas.
Le piège de l'interruption de plus d'un an : c'est un cas de caducité souvent ignoré, qui frappe les chantiers en autoconstruction ou les projets financièrement bloqués. Conservez des preuves d'activité régulière sur le chantier.
Le délai est dépassé : que faire concrètement
Étape 1 — Vérifier le point de départ réel
Le délai court à compter de la date de complétude du dossier, pas de la date de dépôt. Reprenez votre récépissé et vérifiez si une demande de pièces vous a été notifiée dans le premier mois : si oui, le délai a été suspendu puis a redémarré intégralement.
Étape 2 — Vérifier qu'aucune majoration n'a été notifiée
Une majoration non notifiée dans le premier mois ne vous est pas opposable.
Étape 3 — Si les délais sont bien dépassés
Vous êtes en présence d'une décision tacite favorable, sauf si votre projet relève d'un cas où le silence vaut rejet.
Adressez à la mairie un courrier recommandé demandant la délivrance d'un certificat attestant de l'absence d'opposition. Rappelez-y la date de dépôt, la date de complétude et le délai applicable.
Étape 4 — Si la mairie refuse de délivrer le certificat
Deux voies possibles :
- Saisir le préfet au titre du contrôle de légalité
- Saisir le tribunal administratif — mais commencez par le courrier recommandé, qui suffit dans la grande majorité des cas
Ce qu'il ne faut pas faire
Démarrer les travaux sur la seule foi d'un délai dépassé, sans certificat. Si le service considère que le dossier n'était pas complet, ou qu'une majoration avait été notifiée, aucune décision tacite n'est née — et vous construisez sans autorisation.
Les 6 erreurs qui font perdre des semaines
1. Déposer un dossier incomplet. C'est la première cause de retard, et la plus coûteuse : le délai ne s'allonge pas de quelques jours, il repart intégralement à zéro.
2. Planifier sur deux mois pour un bâtiment autre qu'une maison individuelle. Le délai est de trois mois, et personne ne vous le dira avant le dépôt.
3. Ignorer le périmètre ABF. Un mois de majoration se vérifie en deux minutes sur le Géoportail, avant le dépôt.
4. Négliger la preuve de l'affichage. Sans elle, le délai de recours des tiers ne court pas — et votre permis reste attaquable des années.
5. Démarrer le chantier avant la purge du délai de recours. C'est légal, mais un recours qui prospère sur un chantier engagé est une catastrophe financière.
6. Oublier de demander le certificat de décision tacite ou de non-recours. Ces deux documents vous seront réclamés à la revente, et il est bien plus simple de les obtenir sur le moment.
Questions fréquentes
Sources
- Code de l'urbanisme, articles R.423-1 et suivants (instruction et délais)
- Code de l'urbanisme, article R.423-23 (délais de droit commun)
- Code de l'urbanisme, articles R.431-4 et suivants (pièces limitativement exigibles)
- Code de l'urbanisme, articles R.424-15 et R.600-2 (affichage et point de départ du recours)
- Code de l'urbanisme, articles R.424-17 et suivants (validité et prorogation)
- service-public.gouv.fr — Permis de construire
- Géoportail de l'urbanisme




